Reporting & Communication

De Kinshasa à Djugu : La directrice Exécutive d’APROSHAV, Annastasie Sika, a effectuée une mission de clôture du projet humanitaire dans la zone de santé de TCHOMIA

Zone de santé de Tchomia, Territoire de Djugu – Ituri, RDC — Après plusieurs mois d’interventions humanitaires intenses auprès des Personnes Déplacées Internes (PDI) et des communautés hôtes, le projet « Réponse intégrée aux populations affectées dans la zone de santé de Tchomia », financé par le Fonds Humanitaire en RDC, arrive à sa phase finale. Dans ce cadre, la direction d’APROSHAV a effectué une mission de terrain pour vérifier la conformité des assistances livrées et rendre des comptes aux bénéficiaires — un acte fort de transparence et d’engagement humanitaire.

Un projet né d’une urgence humaine : rappel du contexte

L’Ituri figure parmi les provinces les plus touchées par les crises humanitaires en République Démocratique du Congo. Dans le territoire de Djugu en particulier, des cycles de violence répétés ont contraint des dizaines de milliers de familles à fuir leurs villages, abandonnant terres, bétail et biens. La zone de santé de Tchomia a concentré une part importante de ces mouvements de population, avec des PDI regroupées dans des sites spontanés comme celui de Nyamusasi, ou dispersées dans des villages d’accueil comme Bukuku, Engavu, Tambaki, Kikoga, Kanyakukira, Nyakova et Sabe.

C’est pour répondre à cette réalité qu’APROSHAV, avec l’appui financier du Fonds Humanitaire, a déployé une réponse multisectorielle et intégrée couvrant les besoins les plus urgents : articles ménagers essentiels (AME), kits d’hygiène (KHI), abris légers, prise en charge des loyers pour les familles les plus vulnérables, réhabilitation d’abris endommagés, et construction d’infrastructures communautaires (hangars collectifs et latrines).

Ce projet a mobilisé une équipe terrain pluridisciplinaire — agents de distribution, superviseurs, travailleurs communautaires, équipe Reporting & Communication — sous la coordination du Chef de Projet (CP), M. Robert VANGU, et en lien étroit avec les autorités locales, les chefs de village et les représentants des PDI.

La ronde de redevabilité : quand la direction descend sur le terrain

Alors que les dernières activités du projet touchaient à leur terme, APROSHAV a tenu à respecter un principe fondamental du travail humanitaire : la redevabilité envers les bénéficiaires. C’est dans cet esprit que le Chef de Projet, M. Robert VANGU, accompagné de la Directrice Exécutive d’APROSHAV, Mme Annastasie SIKA, a conduit une mission de vérification terrain dans les différents sites et villages d’intervention.

Cette visite, loin d’être une simple formalité administrative, a constitué un moment d’échange direct, humain et sincère entre la direction de l’organisation et les familles assistées. L’objectif était triple :

  • Vérifier que les assistances ont bien atteint les vrais bénéficiaires, conformément aux listes de ciblage établies sur la base de critères de vulnérabilité ;
  • S’assurer que les articles distribués (AME, KHI, abris légers) sont utilisés correctement et répondent effectivement aux besoins des ménages ;
  • Recueillir les retours des bénéficiaires — satisfactions, difficultés rencontrées, recommandations — dans une démarche de transparence et d’amélioration continue.

Accompagnés d’agents de terrain, le CP et la Directrice ont parcouru les différents sites, s’arrêtant dans les ménages, échangeant avec les représentants des PDI et les chefs de village, observant l’état des abris construits ou réhabilités, et inspectant les latrines et hangars communautaires récemment érigés.

« Nous sommes venus de Kinshasa pour voir de nos propres yeux ce qui a été réalisé. Le rapport de terrain, c’est important — mais rien ne remplace le contact direct avec les bénéficiaires. Notre mission n’est pas terminée tant que nous n’avons pas vérifié que l’aide a réellement changé quelque chose dans leur quotidien. »

— La Directrice d’APROSHAV, Annastasie SIKA, lors de la mission de terrain

Ce que la mission a permis de constater : des assistances qui ont changé des vies

Les abris légers : reconstruire un toit, restaurer une dignité

Sur le site de Nyamusasi et dans le village de Bukuku, la délégation a visité plusieurs ménages ayant bénéficié de kits d’abris légers. Ces kits comprennent des bâches de haute résistance, des cordes, des piquets et d’autres matériaux permettant de monter rapidement des abris ou de renforcer des constructions précaires.

Pour de nombreuses familles — des femmes seules avec des enfants, des personnes âgées sans soutien familial, des ménages dont le chef est en situation de handicap — ces abris représentaient bien plus qu’une structure physique : ils symbolisaient la fin d’un séjour sous des plastiques déchirés, dans la boue des saisons des pluies, et le début d’un retour à une vie un tant soit peu stable.

Une mère de cinq enfants rencontrée à Nyamusasi a confié, les larmes aux yeux : « Nous dormions à même le sol sous un plastique qui laissait passer la pluie. Aujourd’hui, mes enfants ont un toit sec. C’est une renaissance pour nous. »

AME et KHI : les bases de la dignité humaine

Les Articles Ménagers Essentiels (AME) — couvertures, ustensiles de cuisine, jerricans, nattes — et les Kits d’Hygiène (KHI) — savons, seaux, articles de protection hygiénique féminine — distribués lors des phases antérieures du projet ont également fait l’objet de vérifications.

La mission a constaté que ces articles sont toujours en cours d’utilisation active. Dans plusieurs ménages, les jerricans servent quotidiennement à stocker l’eau potable ramenée depuis les sources éloignées. Les articles d’hygiène féminine, en particulier, ont été saluées comme une assistance souvent ignorée mais profondément nécessaire dans un contexte où les femmes et les filles déplacées font face à de multiples vulnérabilités.

Latrines et hangars : des infrastructures qui appartiennent à toute la communauté

Dans les villages de Bukuku, Engavu, Tambaki, Kikoga, Kanyakukira, Nyakova et Sabe, la délégation a inspecté les infrastructures communautaires construites dans le cadre du projet. Les latrines familiales et communautaires ont été accueillies comme une réponse à un problème longtemps négligé : la défécation à l’air libre, source majeure de maladies diarrhéiques et de contamination des eaux de surface.

Les hangars collectifs, quant à eux, sont devenus des espaces multifonctionnels : lieu de rassemblement pour les réunions communautaires, abri pour les activités de sensibilisation sanitaire, espace de marché informel et point de rencontre entre PDI et familles hôtes. Ces structures renforcent la cohésion sociale, souvent fragilisée par les tensions liées à la cohabitation prolongée entre déplacés et communautés d’accueil.

« Ces latrines ont changé notre hygiène de vie. Nos enfants ne tombent plus malades comme avant. Avant, les maladies du ventre étaient courantes ici. Depuis la construction, les choses ont changé. »

— Un représentant des PDI dans le village d’Engavu

Loyers et réhabilitation : pour ceux qui ne peuvent pas retourner chez eux

Une partie des bénéficiaires du projet est constituée de familles déplacées qui vivent chez des membres de leur famille élargie ou chez des personnes qui les hébergent contre une contribution modeste. Pour ces ménages, APROSHAV a assuré la prise en charge partielle ou totale des loyers, réduisant ainsi une pression économique considérable sur des familles déjà appauvries par les déplacements.

De même, des travaux de réhabilitation légère d’abris ont été réalisés pour des ménages dont les maisons, bien que debout, présentaient des dégradations majeures : toitures effondrées, murs lézardés, sols non stabilisés. Ces interventions ont permis à des familles de réintégrer leurs propres maisons dans des conditions minimales de sécurité et de confort.

La redevabilité : un pilier de l’action humanitaire responsable

La mission de vérification conduite par la direction d’APROSHAV s’inscrit dans une démarche structurée de redevabilité, alignée sur les standards humanitaires internationaux, notamment les Engagements Fondamentaux pour les Enfants (EFC), la Norme Humanitaire Fondamentale (CHS) et le cadre SPHERE.

Dans la pratique, cette redevabilité s’est traduite par plusieurs mécanismes mis en place tout au long du projet :

  • Un mécanisme de plainte et de retour d’information permettant aux bénéficiaires de signaler des erreurs de ciblage, des assistances non reçues ou des comportements inappropriés du personnel ;
  • Des consultations communautaires avant et après les distributions, pour ajuster les modalités d’intervention aux réalités locales ;
  • Des post-distribution monitoring (PDM) réalisés par l’équipe terrain pour mesurer l’utilisation effective des articles distribués ;
  • Une visite de fin de projet par la direction, incarnant l’engagement institutionnel d’APROSHAV vis-à-vis des communautés qu’elle sert.

Cette dernière visite a également été l’occasion pour la Directrice et le CP de recueillir les recommandations des bénéficiaires pour de futures interventions : besoin d’appui en activités génératrices de revenus (AGR), de formation professionnelle pour les jeunes, d’accès à l’eau potable et de soutien à la scolarisation des enfants déplacés.

Bilan global du projet : indicateurs et résultats clés

Volet d’intervention Sites / Villages ciblés Type de bénéficiaires
Distribution AME (Articles Ménagers Essentiels) Nyamusasi, Bukuku et villages environnants PDI et familles hôtes vulnérables
Distribution KHI (Kits d’Hygiène) Nyamusasi, Bukuku et villages environnants PDI — priorité aux femmes et jeunes filles
Distribution d’abris légers Nyamusasi, Bukuku Ménages PDI sans abri adéquat
Construction latrines communautaires Bukuku, Engavu, Tambaki, Kikoga, Kanyakukira, Nyakova, Sabe PDI et communautés hôtes
Construction de hangars collectifs Bukuku, Engavu, Tambaki, Kikoga, Kanyakukira, Nyakova, Sabe Communautés entières (PDI + hôtes)
Prise en charge des loyers Zone de santé de Tchomia PDI chez des familles d’accueil
Réhabilitation d’abris Zone de santé de Tchomia PDI et résidents dont les maisons sont dégradées

Ce que ce projet révèle de l’approche humanitaire d’APROSHAV

La clôture du projet « Réponse intégrée aux populations affectées dans la zone de santé de Tchomia » n’est pas simplement la fin d’un cycle budgétaire. Elle illustre la philosophie opérationnelle d’APROSHAV : une approche centrée sur la personne, qui refuse de réduire les bénéficiaires à des statistiques ou des numéros de ménage. Chaque famille derrière un kit distribué a une histoire, une trajectoire de souffrance, et des besoins qui évoluent.

Le fait que la Directrice elle-même ait effectué le déplacement de Kinshasa jusqu’aux villages les plus reculés de la zone de Tchomia envoie un message fort : les décideurs doivent connaître le terrain. Cette proximité entre la gouvernance de l’organisation et les réalités du terrain est une garantie de qualité et de pertinence des interventions.

APROSHAV affirme également son attachement à la dignité des bénéficiaires. Les personnes déplacées internes ne sont pas de simples “récipiendaires d’aide” — elles sont des acteurs de leur propre relèvement, des membres à part entière de communautés en reconstruction. C’est pourquoi les infrastructures communautaires construites — latrines et hangars — ont été conçues en concertation avec les communautés et remises à leur gestion, dans une logique de durabilité et d’appropriation locale.

Vers la suite : des besoins persistants, une mobilisation qui doit se poursuivre

Si ce projet a permis de répondre à des besoins urgents et d’améliorer significativement les conditions de vie de milliers de personnes, la situation dans la zone de Tchomia — et plus largement en Ituri — demeure fragile. Les causes profondes des déplacements (insécurité, conflits intercommunautaires, impunité) ne sont pas résolues, et de nouvelles vagues de déplacements continuent de se produire.

APROSHAV appelle à la mobilisation continue des acteurs humanitaires, des bailleurs de fonds et des autorités pour maintenir un niveau de réponse adéquat. Les recommandations recueillies lors de la visite de terrain — accès aux AGR, eau potable, scolarisation, formation professionnelle — constituent autant de pistes pour les prochaines interventions.

L’organisation réitère également sa disponibilité à collaborer avec d’autres partenaires humanitaires et de développement actifs en Ituri, dans une logique de complémentarité et d’efficacité collective.

📌 À propos d’APROSHAV

APROSHAV (Action pour la protection de la santé humaine, animale et végétale) est une organisation non gouvernementale humanitaire de développement de droit congolais, basée à Kinshasa avec des cicursales à Bunia, en Ituri et dans d’autres villes de la RDC. Active dans les domaines de la santé, de la protection, des abris, de l’eau-hygiène-assainissement et de la réponse aux urgences humanitaires, APROSHAV œuvre au service des populations vulnérables d’Ituri avec une approche holistique, participative et orientée vers l’impact durable.

Pour tout contact ou partenariat : www.aproshav.org

Article rédigé par le Reporting & Communication Officer d’APROSHAV — Zone de santé de Tchomia, Territoire de Djugu, Ituri, RDC.

Partager ceci :

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *